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10

Mar

Réintroduction d’écrevisses

  • By isabelle

LA RÉINTRODUCTION D’ÉCREVISSES A-T-ELLE DÉJÀ ÉTÉ RÉALISÉE EN FRANCE ?

Pourquoi réintroduire l’écrevisse à pattes blanches ?

Le déclin de l’écrevisse à pattes blanches est dû à divers facteurs qui constituent une menace réelle pour la survie de l’espèce. Il s’agit de :

  • L’infection par la peste des écrevisses,
  • La concurrence exercée par les espèces d’écrevisse exotiques envahissantes pour les ressources,
  • La perte d’habitats favorables en raison de facteurs tels que le drainage des terres, l’aménagement des cours d’eau, les changements physico-chimiques de l’eau, l’enrichissement en éléments nutritifs et les changements de régime hydraulique.

Pour préserver cette espèce emblématique de la bonne santé des milieux aquatiques, de nombreux pays européens ont mis en place des programmes actifs de conservation de cette espèce indigène et parmi ceux-ci sont envisagés des programmes de repeuplement.

50% des tentatives menées en Europe ont échoué…

Une synthèse bibliographique a montré que plus de 50% des tentatives de repeuplement menées en Europe avaient échoué (Souty-Grosset et Reynold, 2009). Il semble en effet que les critères de sélection des sites, basés sur une appréciation visuelle des habitats ainsi que sur une analyse ponctuelle de la qualité chimique de l’eau soient peu satisfaisants pour garantir la réussite de ces opérations. Il a également été mis en évidence que certains transferts avaient échoué lorsque le nombre d’écrevisses transférées était très important (Jandry et al., 2014).

Une étude pour identifier les conditions des transferts en France

Le laboratoire EBI de l’Université de Poitiers a réalisé en 2018, une étude bibliographique sur les transferts d’écrevisses réalisés en France afin de mettre en évidence les conditions dans lesquelles ils ont été menés en France. L’objectif était de dégager des recommandations sur la sélection des sites pour de futures opérations de transfert d’écrevisses pouvant être effectuées dans le cadre de programmes de conservation ou lors de sauvetages de populations.

      8 départements ont fait l’objet de transfert, soit 31 cours d’eau

En France depuis 1990, 31 cours d’eau ont fait l’objet de transferts d’écrevisses à pattes blanches : 1 dans le département des Vosges, 12 dans les Pyrénées-Atlantiques, 4 dans les Deux-Sèvres, 4 dans la Vienne, 2 dans le Haut-Rhin, 3 dans l’Ain, 3 dans l’Ardèche, et 2 dans le Doubs.

      Généralement 3 motifs de transfert

Il ressort que les transferts d’écrevisses à pattes blanches répertoriés dans le cadre de l’étude ont été réalisés, à partir de populations donneuses, pour 3 raisons :

  • Augmenter le nombre de populations dans le cadre de programmes locaux de conservation de l’écrevisse (26% des cas),
  • Déplacer une population menacée par des épisodes de peste, ou par un risque d’assec prolongé (respectivement 6% et 26% des cas),
  • Déplacer une partie de la population, suite à la mise en place de travaux sur un site abritant une population (42% des cas).

      Critères de sélection des cours d’eau receveurs

Les cours d’eau ont été sélectionnés pour le transfert sur la base de plusieurs critères :

  • Dans 3% des cas, le transfert a été réalisé sur des cours d’eau choisis en raison de l’appartenance au même bassin versant et au même secteur que le cours d’eau donneur
  • L’identification d’habitats favorables aux écrevisses indigènes « à œil d’expert » et l’absence d’écrevisses exotiques est le critère de sélection des cours d’eau dans 61% des cas
  • La présence d’insectes aquatiques retrouvés sur les cours d’eau à écrevisses à pattes blanches a été utilisé pour choisir des cours d’eau à repeupler dans 24% des opérations recensées
  • Enfin la présence de sources proches de la localisation d’origine de la population d’écrevisses à transférer a été un critère de sélection pour 12% des cours d’eau repeuplés.

Il ressort que la sélection des sites de repeuplement à partir de la présence d’habitats favorables à l’écrevisse à pattes blanches ne permet pas d’avoir une vision globale des caractéristiques de l’eau sur une année. En effet les différents exemples mettent en évidence que ce critère associé à l’absence d’écrevisses exotiques ne suffit pas à garantir la réussite des opérations. Les caractéristiques du milieu sur le long terme doivent être prises en compte grâce notamment à l’identification d’insectes aquatiques sensibles aux pollutions organiques. Les risques de présence de la peste ainsi que d’écrevisses exotiques doivent également être évalués par analyse de l’ADN environnemental présent dans un prélèvement d’eau.

      Etat des populations transférées

Le nombre d’écrevisses transférées sur les cours d’eau receveurs est très variable, il peut être inférieur à 100 et aller jusqu’à plus de 500 individus déplacés en une intervention. Cependant ce n’est pas lorsque ce nombre est le plus important que le succès de l’opération est garanti. Les transferts de 200 à 300 écrevisses semblent avoir mieux fonctionné.

Dans certains cas, les mâles et les femelles réintroduits ont été comptés afin de privilégier un rapport entre les deux sexes qui soit le plus favorable à une reproduction rapide et par conséquent une croissance de la population mais là encore il existe des disparités. Des opérations ont favorisé le transfert de populations avec un mâle pour deux femelles et d’autres autant de mâles que de femelles. A noter que dans la majorité des cas, le nombre de mâles était inférieur au nombre de femelles. Dans la nature les mâles peuvent s’accoupler avec 4 femelles en moyenne. L’augmentation du nombre de femelles permet de diminuer les interactions entre mâles pour l’accession aux femelles durant la période de reproduction tout en maintenant un potentiel de reproduction important.

Seulement 42% des opérations de repeuplement menées en France ont été couronnés de succès. Il est important de prendre en compte les conditions dans lesquelles elles ont été menées afin d’émettre des recommandations.